THE ROLLING STONES – Let It Bleed

The Rolling Stones - Let it Bleed

Chers membres du Vinyle Club, prenez bien conscience de ce que vous avez entre les mains. Un diamant, un saphir plutôt, sombre et brut, de l’histoire du rock.
Let It Bleed, 8ème album studio des Rolling Stones est considéré par les fans, critiques, spécialistes en tout genre, comme l’un des meilleurs du groupe. Il fait partie du carré d’or constitué de 4 albums avec Beggars Banquet, Exile on Main Street, en passant par Sticky Fingers. Pour convaincre un réfractaire aux Stones, offrir ces 4 chef d’œuvres restera le meilleur des arguments. Les Stones ont beau avoir 60 ans de carrière, ils n’ont jamais réussi à faire aussi bien que pendant cette période créative entre 1968 et 1972.

Paradoxalement c’est aussi 4 années ponctuées de drames en tout genre pour le groupe. Let It bleed, sorti fin 1969 annonce déjà la couleur ne serait-ce que par son titre : Sortir un album intitulé « Que ça saigne » en plein flower power, en pleine révolution culturelle contre la guerre (du Vietnam notamment), fallait oser. De toute façon les Stones n’ont jamais vraiment adhéré au mouvement hippie, et cet album enfonce le clou de Sympathy for the Devil et l’album Beggars Banquet : ils sont bruts, âpres, ils sont les serviteurs du diable et le salut ne se gagnera qu’au poing, à la sueur, et avec des riffs de guitare. L’identité stonienne est née, et jamais elle ne s’envolera tout à fait, même après 60 ans d’existence…

Avec Let It Bleed, qui ouvre sur le magistral coup de poing Gimme Shelter, c’est un peu comme si Jagger et Richards avaient désormais pris les commandes du groupe en faisant passer un message très clair : « Rangez vos colliers de fleurs les hippies, la guerre et la violence sont partout, donnez-nous un abri pour nous protéger du mal qui rôde autour de nous ». La voix éraillée de Merry Clayton sur le refrain finit de nous plonger dans l’urgence. On pourra écouter des milliers de fois le morceau, il ne se lassera pas de nous filer la chair de poule. Dans une interview, Jagger dira de ce titre (et du final) qu’il est le morceau de l’apocalypse (comme tout le reste de l’album précisera-t-il…)

L’apocalypse, ce n’est pas très vendeur pour un groupe qui s’oppose à cette époque aux Beatles. C’est pourtant l’état d’esprit des Stones en 1969 année tout sauf érotique pour eux. Brian Jones n’arrive plus a se dépêtrer de ses addictions aux substances artificielles, si bien qu’il devient compliqué pour lui d’assurer en studio, quand il daigne venir. Lassés de devoir attendre un Jones aux portes de la folie, Jagger et Richards le font remplacer au pied levé par Mick Taylor (lui-même remplacé quelques années plus tard par Ronnie Wood). Jones vit mal son éviction et plonge de plus belle dans ses addictions : en plein été 69 on retrouvera son corps inanimé dans sa piscine, alors que le groupe est en pleine session d’enregistrement de l’album…
Comme un malheur n’arrive jamais seul, la main du diable scellera cette annus horribilis par le drame d’Altamont, le festival organisé par les Stones pour financer un Let It Bleed très coûteux à produite. Altamont qui se voulait être une sorte de Woodstock de l’ouest américain devient son « antéchrist ». Let It Bleed sort le 5 décembre 1969, Altamont a lieu le 6, l’un de leurs fans est poignardé par un Hells Angels en plein concert (pour plus de détails allez jeter un œil au documentaire Gimme Shelter, glaçant et cauchemardesque), ce qui créera un traumatisme dont le groupe mettra beaucoup de temps à se remettre.

Mais dans l’adversité les Stones repartiront de l’avant, grâce notamment aux ailes déployées de l’aigle Richards, sur Midnight Rambler ou Country Honk, la folle transe de Jagger sur Monkey Man, et la maîtrise du désordre de Watts dans le final de You can’t always get what you want. Car dans tout ce chaos, le groupe devient plus uni que jamais, malgré les épreuves, et ils en connaîtront bien d’autres…

Dans l’histoire du rock, Let It Bleed reste l’album qui marque la fin du flower power. Il est aussi celui qui marque un virage à 180 degrés pour le groupe, les affres psyché de feu Brian Jones laissant la place au blues et aux riffs bruts de Keith Richards. 48 ans plus tard, son goût âpre et brut fait de ce disque un des meilleurs opus rock de tous les temps. Pas une ride pour ce vieux briscard, les morceaux, les textes, les rythmes de chaque morceau resteront gravés dans leur mythe, pour l’éternité.

L’ANECDOTE
Sur la pochette originale de Let It Bleed figurait un conseil avisé des Stones «This record should be played loud ». Au vu de la force de certains morceaux de l’album, ce n’est pas un conseil, c’est une obligation !

LET IT BLEED EN DATES
On vous passe la chrono d’un groupe qui a 60 ans d’existence, mais il est assez intéressant de comprendre dans quel contexte Let It Bleed est sorti, pour bien vous mettre dans l’ambiance… Avec cet album entre les mains le temps commence et s’arrête en 1969 !
16 novembre 1968 /2 novembre 1969 : enregistrement studio de Let It Bleed, en plusieurs sessions tout au long de l’année 1969
8 juin : Brian Jones est évincé du groupe et remplacé par Mick Taylor
3 Juillet : Mort de Brian Jones
5 décembre : Sortie mondiale de Let It Bleed
6 décembre : Concert des Stones à Altamont, festival qui a tourné au cauchemar pour le groupe.

Marie Laure Sitbon