LHASA – La Llorona

LHASA - La Llorona

Où étiez-vous le 2 avril 1998 ? Pour certains d’entre vous il sera difficile de se souvenir de cette date mais un grand événement a eu lieu ce jour-là. On ne parle pas de la coupe du monde mais d’un bouleversement dans le monde de la musique latine. Avec la sortie de son premier album, La Llorona (comprenez « la pleureuse » en espagnol), la désormais légendaire Lhasa de Sela bouleverse le paysage musical.

Née en 1972 à Big Mountain dans l’Etat de New York, Lhasa de Sela sillonne durant toute son enfance les routes des Etats-Unis et du Mexique accompagnée de ses parents et ses neuf frères et sœurs. Elle suit des cours par correspondance et c’est à l’âge de 18 ans qu’elle commence à chanter dans des bars de San Francisco en reprenant des standards de Billie Holiday et de Chavela Vergas, entre autres. La légende raconte qu’elle débarque à Montréal et tape dans l’œil d’un certain Yves Desrosiers, guitariste et compositeur. Mais comme on dit, le reste appartient à l’histoire.
Les années passent et le duo met au point son alchimie musicale. Repérés par Denis Wolff, le directeur artistique du label indépendant Audiogram les fait signer sur le champ. C’est ainsi qu’ils créent un chef-d’œuvre intitulé La Llorona, qui placera la chanteuse sur un véritable piédestal.

Selon cette dernière, le titre est parfaitement choisi car il s’agit d’une référence à la fameuse légende mexicaine et parce que Lhasa a longtemps ressenti le besoin de revendiquer ses racines mexicaines et cette sensation d’être dépaysée. Dès les premières secondes de cet album, on est frappé par la sublime voix pleine d’émotion de la demoiselle tant elle transmet la nostalgie, notamment sur le morceau « De Cara a la Pared » où elle se remet désespérément à Dieu face aux obstacles qu’elle rencontre dans sa vie. Elle exprime son mal du pays tout au long d’un album dans lequel la culture mexicaine est omniprésente : « El Desierto » relate ses passe-temps dans le désert de Sonora, en Basse-Californie et « Por eso me quedo » est une ode au chanteur mexicain Cuco Sánchez.
Il est aussi question de spiritualité dans ce parcours nomade car Lhasa de Sel a toujours été baignée dans la religion. Elle reprend et remet au goût du jour les deux chansons traditionnelles que sont « El Payande » et « Los Peces » pour raconter son point de vue personnel. Le duo vise juste. Quiconque n’a pas tiré une larmichette en écoutant une seule fois les poignants « El desierto », « El pajaro » et «Mi vanidad » me jette la première pierre !

L’interprétation crève-cœur de la mexicaine parvient toujours à sublimer les compositions et les arrangements d’Yves Desrosiers qui réalise un compromis musical entre des influences latino-américaines et des jeux de percussions métalliques évoquant la musique de Tom Waits (avec la participation de François Lalonde) mais aussi la présence de guitares nylon, d’accordéon (joué par Didier Dumoutier), d’une contre-basse et d’un violon (joué par Mara Tremblay) qui rejoignent les guitares lap-steel et les grosses caisses. Il n’y a pas à dire, on ne pouvait pas rêver mieux niveau duo musical qui sait allier les réflexions émotives avec des compositions plus terre-à-terre que rentre dedans. Avec La Llorona, qui fut donc son plus grand succès, Lhasa sa hisse au rang des plus grandes chanteuses contemporaines : à ce jour on compte plus de 600 000 disques vendus pour cet album qui est récompensé par le prix du meilleur disque de musique du monde à l’ADISQ en 1997 et primé aux prix Juno l’année suivante.

Ses deux albums suivants, The Living Road en 2003 et Lhasa, son ultime opus sorti moins d’un an avant son tragique décès le 1er janvier 2010 d’un cancer du sein, rencontrent un succès moins important. Mais si la chanteuse peine, sans son acolyte, à élever ses productions au dessus d’un premier opus exceptionnel, La Llorona demeure un testament sublime du talent incommensurable de Lhasa de Sela qui nous émeut par son interprétation solennelle et très expressive.avant son tragique décès le 1er janvier 2010 d’un cancer du sein, rencontrent un succès moins important. Mais si la chanteuse peine, sans son acolyte, à élever ses productions au dessus d’un premier opus exceptionnel, La Llorona demeure un testament sublime du talent incommensurable de Lhasa de Sela qui nous émeut par son interprétation solennelle et très expressive.

Florian Soni-Benga