Mixape, disquaire du mois de mars

Mixape, disquaire du mois de mars

À lire en écoutant la sélection des coups de cœur de Mixape, sur notre chaîne Youtube !

LVC : Ouvrir Mixape a toujours été un rêve pour vous ? Dans une industrie où le futur est incertain, pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir un disquaire ?

Mixape : Depuis toujours, j’ai la fibre commerçante, de par mes parents. Mais je n’ai pas du tout fait des études pour ça ! J’ai fait une école d’ingénieurs et j’ai commencé en tant que consultant, comme mon père d’ailleurs ! Il était ingénieur et a tout quitté pour devenir antiquaire. Il faut croire que l’histoire se répète ! Au fil des années, ma passion pour la musique électronique se confirmait, et j’avais de plus en plus envie d’ouvrir un ‘lieu’. J’utilise le terme ‘lieu’, car je ne savais pas encore quoi mettre dedans. Je voulais un lieu convivial, culturel et qui me donne l’opportunité de tester plein de choses ! Progressivement l’idée, d’un bar/disquaire, avec une partie vêtements s’est dessinée, et en 2013, j’ai tout quitté pour créer le projet de zéro ! 9 mois plus tard, en avril 2014, Mixape ouvrait ses portes, avec son lot de peur et d’incertitudes. Mais quel plaisir d’être son patron, de rencontrer de nouveaux réseaux et de faire ce que l’on veut ! Clairement le futur est incertain et être commerçant ce n’est pas facile tous les jours. L’état ne nous aide pas beaucoup… Et en plus, la concurrence d’Internet est agressive. Du coup, je mise tout sur l’humain, l’accueil, le conseil et tant que ça fonctionne, je continuerai ! Après, je considère la boutique comme un terrain d’expérimentation, et si demain je dois fermer pour faire autre chose car je n’ai pas le choix, et bien je le ferai sans hésitations ! Je trouverai sûrement une nouvelle aventure dans laquelle me lancer ! Mais pas trop éloignée du milieu musical 🙂

LVC : Quelle est la philosophie derrière Mixape ? Quelle serait LA référence introuvable que vous rêveriez faire entrer chez vous ?

Mixape : Ma philosophie est claire, écouter ce que veulent les clients, apprendre à connaître leurs attentes, et les surprendre en rentrant en stock des vinyles dont ils ignoraient jusqu’à l’existence ! Je ne reçois que ce que je commande, on ne m’impose rien, je ne travaille pas avec les grosses majors. Il ne tient qu’à moi de savoir ce qui va sortir et d’anticiper. Ma philosophie principale, c’est de m’éclater, et de transmettre ma passion aux clients, novices ou confirmés ! Je suis aussi à l’écoute, et ne prétends surtout pas tout connaître ! J’adore quand les clients me font découvrir des artistes et des labels.
La référence introuvable ? Le vinyle de Laurent Garnier de 1994 qu’il avait sorti lors de ses soirées au Rex, les ‘Wake Up !’ Une seule chanson sur le vinyle, mais ça symbolise toute une époque, toute une philosophie. Il doit y en avoir un ou deux sur Discogs, à 200€… J’ai un copain qui en trouvé un à 5€ dans une brocante. Je ne lui parle plus depuis.

LVC : Quel album est votre meilleure vente depuis votre création ?

Mixape : C’est marrant comme question, car je n’avais pas regardé depuis longtemps et bien du coup, largement en tête on retrouve Transsiberian de Thylacine ! Un Angevin comme par hasard ! L’album est vraiment top, et comme il est du coin, les gens se sentent concernés, en plus il y a une vraie histoire derrière le concept de cet album ! Une très belle pièce !

LVC : Quelle influence a le Disquaire Day sur votre activité ? Votre coup de cœur parmi les sorties exclusives pour cet événement ces dernières années ?

Mixape : Le DD est vraiment important pour la boutique. En effet, c’est l’une des plus grosse journée de l’année ! En plus, c’est l’occasion d’organiser des showcases, ça donne une autre dimension au magasin. On a toujours l’excitation de savoir ce qui sera disponible ! On reçoit le listing début mars, et le jeu c’est de savoir ce qui pourrait plaire, ce qui a vraiment de la valeur et un intérêt pour le client ! Il faut trouver les pièces rares, car on peut parfois passer à côté de certaines références et faire des déçus le jour J. En plus il y a tout un truc autour de la journée, il faut garder secret le plus longtemps la liste, ne pas dire en avance ce qu’on va avoir, etc.
Mes coups de cœur des années passées sont à coup sûr la BO de Belgica en 2017, Soulwax étant mon groupe favori depuis très longtemps ! Et sinon, mention spéciale pour le Amon Tobin de 2015, qui était très dur à avoir. Je n’en ai eu qu’une seule copie, et elle est partie en 10min. Pour l’anecdote, une personne qui parlait Chinois est arrivée au magasin à 10h10 et décrivait le vinyle d’Amon Tobin au téléphone, me demandait le prix, reparlait au téléphone, on aurait dit une vente aux enchères à 2 millions d’Euros ! Elle est finalement partie avec le vinyle !

LVC : Comment arrivez-vous à suivre face aux prix pratiqués par les grandes enseignes ? Quelle est la clientèle de Mixape ?

Mixape : Étant spécialisé dans les musiques électroniques, je n’ai pas trop de concurrence avec la FNAC pour ne pas la nommer 🙂 J’ai quand même beaucoup plus de maxis, format qui est privilégié par les Djs, que d’albums. Il est donc rare que nous ayons les mêmes références en stock. A l’inverse à Angers, ils sont tellement cools, qu’ils nous envoient des clients ! Cependant sur certaines sorties plus MainStream, comme Justice, Rone ou autre, je préfères passer la main, et ne pas en rentrer, car dans ces cas là, impossible de lutter ! Les prix proposés sont tellement bas, que je ne cherche même pas à m’aligner. Et même si l’envie me prenait de bosser avec les grosses majors qui distribuent ces vinyles, je ne pourrai pas, car ils m’ont clairement expliqués que ma boutique était trop petite pour eux et que je ne les intéressai pas… Du coup, je préfères me focaliser sur ma clientèle régulière, principalement des Djs et des passionnés, qui privilégient la pépite, le Repress du morceau incroyable, la nouvelle sortie qui fera un carton sur la piste de danse, ou le petit artiste inconnu qui ne demande qu’à monter !

LVC : Comment les choses ont-elles évoluées depuis que vous avez ouvert Mixape ? Vos objectifs pour l’année 2018 ?

Mixape : Depuis l’ouverture, beaucoup de choses ont évoluées. Déjà le chiffre d’affaires est en hausse, notamment pour la partie vinyle (pour mémoire j’ai trois métiers ici, le bar, les vêtements et les vinyles). Ce chiffre en hausse constante depuis 4 ans et la part dans l’activité grandit aussi. On commence à me connaître et j’ai de plus en plus de clients réguliers.
Pour info, la partie vêtements/vinyles représentait 54% du CA en 2014, contre 89% en 2017 !
Avec le temps je travaille au plus près de la source (le label), ce qui veut dire une bonne quinzaine de fournisseurs, et donc du boulot à chaque commande !
Pour 2018, je veux être encore plus proche de la source sur certains vinyles, et commencer à remplir mes bacs d’occasion en allant chiner partout dans le monde, comme je le fais déjà un peu !

LVC : Si vous deviez faire votre propre sélection pour la box Vinyle Club : votre perle du 20e siècle et votre pépite du 21e ?

Mixape : Si je devais faire une Box, je mettrai sans hésiter l’album SMASH de Offspring, c’est le tout premier album que j’ai acheté quand j’avais 10 ans et jamais je ne l’oublierai ! Je le connais par cœur et peut l’écouter toutes les semaines sans me lasser. Je n’aime pas trop les sorties du groupe à partir de 1998, mais jusqu’à Ixnay on the Hombre, rien à dire!

Concernant le 21ème siècle, histoire de repartir en musique électronique, je dirais le premier album de Moderat, sorti en 2009. Même chose, il s’écoute en entier sans broncher ! Rien que la première track, A New Error, est un classique du genre, qui procure tout un tas d’émotions à chaque écoute !