BETH GIBBONS – Out Of Season

Qui évoque Beth Gibbons, interprète renommée de Portishead, pense immédiatement et inévitablement à sa voix : fragile, désenchantée, sur la corde, bringuebalant entre l’émotion et la parfaite maîtrise technique… C’est précisément ce nectar vocal qu’on retrouve dans le premier album solo de la chanteuse de Portishead qu’elle sort en pleine période de pause avec son groupe qui a pourtant le vent en poupe.
En 1991 Beth Gibbons rencontre Geoff Barrox à l’agence locale pour l’emploi. Ils décident de faire de la musique ensemble avec deux autres amis, Adrian Utley et Dave Mac Donald. Portishead est né. Après les succès retentissants de Dummy en 1994, album qu’on pourrait qualifier de véritable “classique“, et de Portishead en 1997 qui aura marqué la fin des années 90’s avec notamment le single « All Mine », le groupe aborde les années 2000 en rois de la trip-hop, et cherche sereinement l’inspiration pour un prochain album. L’occasion pour Beth de prendre un peu ses distances avec le groupe phare de Bristol pour aller chercher écho un peu plus loin, ou plutôt un peu plus près de la musique dite “organique“, celle non pas produite avec des samples, mais bel et bien avec des instruments : des pianos, des violons, des guitares…

Sorti en 2002, Out of Season rompt donc avec la tradition « trip-hop » de l’artiste, pour créer une belle surprise. Fini les samples, les arrangements électro confinés, place aux instruments, à l’acoustique, à l’authentique, on pourrait même dire place à la folk sur le titre « Mysteries », et avec quelques touches jazzy notamment sur le morceau « Romance ». D’un titre à l’autre, la voix de Beth est mise à nue et les morceaux, comme des manteaux, viennent recouvrir sa frêle silhouette.
Pour cet opus, l’artiste a trouvé refuge et inspiration aux côtés de son vieux copain Paul Webb, ancien bassiste des Talk-Talk, qu’elle avait connu bien avant Geoff Barrow. Paul se donne le gentil pseudonyme de “Rustin Man“ sur l’album, comme s’il voulait réparer la poupée abimée qu’est Beth Gibbons à cette époque. On la dit tourmentée, dépressive, mais elle est surtout souvent saisie d’un puissant trac avant ses concerts, au point même d’en annuler certains.

Rustin Man est la main rassurante qui donne à cet album une couleur si particulière, celle de la lumière d’une bougie après un orage, teinte que l’on retrouve justement dans l’apaisant « Sand River » ou dans « Resolve », morceaux folk par excellence dans lesquels la voix de Beth Gibbons se réchauffe et retrouve une sensualité qu’elle avait peut-être un peu perdu dans le dernier opus de Portishead au titre éponyme, trop marqué par les effets de voix et les arrangements sophistiqués.
Out of Season a 17 ans aujourd’hui, un adolescent qui aborde apaisé l’âge adulte… Pour ceux qui l’ont usé jusqu’à en abimer la galette comme pour ceux qui le découvriront, force est de constater son intemporalité désarmante. Out of Season est un album hors des modes et des genres. Son titre était donc très visionnaire au vu de la patine que le temps a déposé sur cet album : pas une ride et une beauté pure restée intacte, qui va en ravir plus d’un pour les longues soirées de l’hiver qui s’annonce…

Marie-Laure Sitbon