BLACK SABBATH – Paranoïd

BLACK SABBATH - Paranoïd

Si la date du 18 septembre 1970 est marquée par le décès du guitariste Jimi Hendrix, elle est aussi notable par la sortie du 2ème album du groupe britannique Black Sabbath, Paranoid . Fruit du hasard ou signe du destin, il n’empêche que ce LP reste une des influences majeures du Heavy Metal, et peut-être même son acte de naissance pour certains !
Initialement baptisé Earth en 1968, le groupe est composé d’Anthony “Tony“ Iommi à la guitare, John Michael “Ozzy“ Osbourne au chant, Terence “Geezer“ Butler à la basse et William “Bill“ Ward à la batterie. Après une période d’incertitude, le quatuor décide finalement de changer de nom pour ne pas être confondu avec un autre groupe éponyme de l’époque. Le titre d’une de leur première composition va les inspirer : « Black Sabbath » fait référence au film de Mario Bava de 1963 I Tre Volti Della Paura , traduit en Les trois visages de la peur dans sa version française et Black Sabbath dans sa version américaine !

Fort de cette nouvelle identité, le groupe signe chez Vertigo (tout jeune label créé par Philips Records) son premier LP qui sort dans les bacs en Angleterre le vendredi 13 février 1970. Leur style est très puissant dès le départ : les riffs de guitares de Iommi sont lourds et vigoureux, Ozzy adopte des attitudes provocatrices et les références à Satan et à l’univers fantastique sont multiples (avec des clin d’œil à Tolkien ou Lovecraft). Même le visuel de la pochette annonce la couleur cet univers : devant une maison lugubre, une femme étrange tout de noir vêtue tient la pose et à l’intérieur du gatefold une croix retournée (très fréquente dans l’imagerie métal par la suite mais dont les interprétations sont multiples) attire particulièrement l’attention de l’auditeur. Bref, avec ce tout premier essai le groupe impose son style et propose un rock assez brut mais à l’univers beaucoup plus sombre et novateur pour s’installer aux côtés des aînés de Led Zeppelin et Deep Purple.

Sept mois plus tard, le groupe de Birmingham managé par la main de maître de Jim Simpson s’empresse de proposer son second LP, le célébrissime Paranoid . Enregistré en deux jours seulement dans les studios Regent Sound et Island de Londres et produit par Rodger Bain, l’album impressionne dans un premier temps par sa qualité sonore et les techniques d’enregistrement qui lui donnent un relief particulier. Mais si Paranoid s’est fait connaître, c’est bien sûr et avant tout grâce à plusieurs titres devenus cultes. Fruit de son époque, l’album est à la fois un brûlot contre la posture américaine qui s’enlise alors dans une guerre du Vietnam perdue d’avance et le portrait glaçant d’un junkie en prise avec ses démons.

Le morceau le plus célèbre de l’album et du groupe est l’incontournable titre éponyme, mais il faut savoir que celui-ci n’était au départ pas prévu sur le tracklisting ! En effet, au moment de terminer l’album, Rodger Bain se rend compte qu’il manque un morceau pour le finaliser et demande au groupe de proposer une composition de remplissage.En moins de 30 minutes le nouveau titre est né, donnant par la même occasion son nom à l’album. Le riff de guitare, simple mais efficace et tonitruant emporte avec lui la voix rythmée d’Ozzy sur le thème de la paranoïa et de la dépression. Ce classique a inspiré des générations entières de musiciens en herbe qui se sont exercés des heures durant à la guitare sur ce thème ! Parmi les incontournables, le track d’ouverture « War Pigs » est un épique morceau de presque huit minutes avec une intro lente et oppressante. L’ensemble s’accélère soudain quand, là encore, le jeu de guitare lance le chant, entrecoupé ci et là par les breaks de batterie de Bill. Résolument antisystème et antiguerre, le morceau fait écho à une jeunesse contestataire et pacifiste en pleine ère Nixon. On peut citer dans des ambiances plus lourdes et mid-tempo « Iron Man », un des autres grands classiques sorti en single à l’époque, ou encore « Electric Funeral » qui navigue dans le même esprit.
Dans cet ensemble, la surprise vient surement de « Planet Caravan » qui prend du coup une allure d’ovni. Cette ballade, en partie portée par la voix trafiquée d’Osbourne via l’utilisation d’une cabine Leslie, les congas de Bill Ward et la guitare mélancolique, nous emmène dans un univers à la fois psychédélique et poétique. Elle démontre la capacité du groupe à composer des mélodies enivrantes dans des registres différents.

A l’époque, Black Sabbath a prouvé en huit titres essentiels la possibilité d’enregistrer un classique du rock en un temps record, à la fois spontané et créatif ! Extrêmement bien accueilli en Amérique du Nord et au Royaume Uni, l’album atteindra même la 1ère position des charts dans son pays d’origine. Il restera surtout un étendard qui continuera d’inspirer par la suite des générations entières de musiciens et de metalheads à travers le monde.

Arnaud Brailly