CHILLY GONZALES – Solo Piano III

Rares sont les musiciens contemporains qu’on peut oser comparer aux artistes classiques et Chilly Gonzales en fait bel et bien partie. D’abord parce qu’il peut faire absolument tout ce qu’il veut avec un piano, parce que sa maîtrise technique est totale, que ses folies créatives frisent souvent avec le génie, mais aussi parce que l’homme est généreux sur scène et qu’il a produit et arrangé des morceaux de nombreux artistes influents : de Daft Punk à Drake en passant par Feist, Jamie Lidell, Bjork, Jarvis Cocker, Peaches, Katerine ou encore Jane Birkin… la liste est longue de ceux qui sont passés entre les mains du prodige.

Dernier épisode de la trilogie des Solo Piano, ce troisième album de composition clôt un voyage musical de plus de 14 ans entamé avec le Solo Piano I qui a véritablement révélé l’artiste québécois au grand public. Auparavant, Chilly Gonzales s’était fait connaître comme un artiste multi-casquettes, multi-instrumentiste, doué d’un véritable goût pour la scène et le spectacle, capable de passer de la pop intimiste au hip-hop déluré avec son album The Entertainist.

Avec ses Solo Piano, Chilly Gonzales retourne vers son premier amour (le piano) et le premier opus de ce tryptique sorti en 2004 fait découvrir au public un Chilly Gonzales tout en nuances et en dissonances, dont la douce mélodie du piano berce, fascine, transporte et intrigue parfois. Entièrement constitué de compositions instrumentales, cet album aurait pu en dérouter plus d’un et pourtant, il est aujourd’hui le plus gros succès commercial de « Gonzo », comme son public aime le surnommer. Quand Solo Piano II sort en 2012, Chilly Gonzales est un musicien adoubé par ses pairs et les 14 morceaux de l’album s’inscrivent dans le sillon du 1er opus. Des morceaux courts, empruntés à la tradition pop, qui transportent toujours autant l’auditeur dans l’univers intimiste du compositeur.
Quand en septembre dernier (six ans plus tard) sort le dernier acte de la trilogie, celui-ci conclut une magnifique exploration musicale dans la carrière de cet artiste aux 1000 visages. 15 morceaux courts, épurés, qui sont tous dédiés à des personnages qui ont compté pour le musicien. « Present Tense » est dédié à Thomas Bangalter, une des moitiés de Daft Punk avec qui Chilly Gonzales a souvent travaillé. Plus surprenant, le morceau « Ellis Eye » est dédié à Migos (car on sait à quel point Gonzo est fan de hip-hop).
Qui mieux que Gonzales himself pour résumer ce dernier acte :
« Comme ses prédécesseurs, l’album s’achève sur un happy end en do majeur, mais le chemin est ponctué de plus de dissonances, de tension et d’ambiguïté… La pureté musicale de Solo Piano III n’est pas un antidote à notre époque, elle reflète toute la beauté et la laideur qui nous entoure ».

Pour plonger encore plus loin dans l’univers créatif et la personnalité fantasque de ce grand musicien, le DVD du documentaire « Shut up and play the piano » réalisé par l’allemand Philipp Jedicke vient de sortir. Un portrait d’1h20 où l’on croise tous ceux qui ont travaillé avec l’artiste, comme Feist, Jarvis Cocker, Peaches, et qui permet de suivre toute la carrière de cet artiste hors pair.

GONZALES EN DATES

1972 Naissance à Montréal de Jason Charles Beck dit Chilly Gonzales, Gonzales, ou encore Gonzo
1999 : Émigration à Berlin. Sortie de Gonzales Uber Alles, 1er album solo du musicien
2000 : Sortie de The Entertainist, second album de l’artiste, aux accents hip-hop.
2004 : Sortie de Solo Piano I. Unanimement salué par la critique, qui compare ses compositions à celles d’Erik Satie. L’album est également un succès commercial
2012 : Sortie de Solo Piano II
Septembre 2018 : Sortie de Solo Piano III

L’ANECDOTE

Parce que Gonzales est un hyperactif qui aime les défis et parce que ce musicien hors pair est également une bête de scène, il est connu pour avoir aussi réalisé une prouesse technique inégalée jusqu’à présent : en mai 2009, au théâtre Ciné 13 à Paris, il bat le record mondial du plus long concert, dépassant l’ancien record de 26 heures et 12 minutes détenu par l’Indien Prasanna Gudi. Il le surpasse en établissant un nouveau record de 27 heures, 3 minutes et 44 secondes, jouant sur scène 300 morceaux différents. Le concert a été transmis sur internet et le record a été validé par le Livre Guinness des records.

Marie Laure Sitbon