CLAUDE FONTAINE – Claude Fontaine

CLAUDE FONTAINE - Claude Fontaine

Beatles ou Rolling Stones ? Fromage ou dessert ? Starsky ou Hutch ? Ces questions cornéliennes, nous amènent souvent à nous dire : mais pourquoi finalement être toujours obligé de faire des choix ? C’est aussi ce que s’est dit Claude Fontaine quand elle a conçu cet album. Pour son premier LP éponyme elle a donc volontairement décidé de ne pas choisir en proposant sur la moitié du disque une face reggae roots et sur l’autre, un univers largement inspiré par la bossa nova brésilienne.

Et si vous pensez qu’avec un tel nom cette jeune artiste est issue de l’Hexagone, vous vous trompez totalement ! Et soyons clair également, elle n’est pas la fille spirituelle de Claude François et de Brigitte Fontaine (je vous laisse imaginer le mélange !). Non, Claude est originaire de Los Angeles, et cet album est un peu le fruit de son histoire malheureuse et personnelle.
En effet après une rupture amoureuse, cette chanteuse et musicienne amatrice depuis le plus jeune âge, décide de déménager à Londres et de s’installer du côté de Portobello Road. Dans ce quartier si animé, elle découvre une cave aux trésors inépuisables : le disquaire Honest Jon’s, célèbre institution du quartier de Nothing Hill, créé en 1974 et géré par Mark Ainley et Alan Scholefield, spécialisé en jazz, soul et musiques du monde. (devenu depuis également un label grâce à la participation de Damon Albarn, le grand manitou de Blur et Gorillaz notamment).

Elle va y trouver des perles sucrées dans des esthétiques différentes qui vont agir comme une thérapie pour elle ! Totalement novice en la matière, elle va être hypnotisée par les rythmes jamaïcains : ska, rock steady, reggae et les ambiances brésiliennes : bossa nova, MPB, tropicalia… Cette musicienne dans l’âme a trouvé de quoi noyer son chagrin et accumule les heures d’écoute, les recherches de référence de classiques ou de raretés. Sa déprime laisse place à une idée folle mais salvatrice : faire son propre disque inspiré par toutes ces découvertes qui la font voyager !

Mais Madame Claude n’est pas du genre à expédier les choses rapidement ! Et surtout elle a une envie tenace : retourner à la source et réunir les musiciens qu’elle a pu découvrir sur ces albums fabuleux, pour proposer un projet authentique. Une sacrée gageure pour une artiste inconnue, non issue du sérail ! Mais à coeur vaillant rien d’impossible !
Une fois revenue en Californie elle arrive, à force de mails envoyés, de contacts via les réseaux et avec l’aide de son label Innovative Leisure, à réunir un line up de prestige : Tony Chin, guitariste de Lee Perry et Max Roméo, Airto Moreira batteur d’Astrud Gilberto et Miles Davis, Ronnie Mcqueen bassiste de Steel Pulse, Rock Deadrick batteur de Ziggy Marley, ou encore Gibi Dos Santos, percussionniste de Sergio Mendes pour ne citer que ceux-là. En réussissant à réunir tout ce beau monde en studio, la magie opère alors et naît ce premier opus totalement réussi et maîtrisé !
La face A, propose donc des ambiances reggae, ska ou dub avec ce son roots et typique que l’on retrouve sur les grandes références jamaïcaines des 60’s et 70’s. “Cry for another”, “Hot tears”, “Little sister”, en sont de beaux exemples. La face B nous propose de son côté, une bossa nova langoureuse et nostalgique, où les titres “I play the fool” ou “Pretending he was you” semblent être tout droit sortis d’enregistrements jamais publiés d’Antônio Carlos Jobim ou de João Gilberto.

Les thèmes abordés, gravitent bien entendu autour des romances brisées, des amours perdus, de la rupture mais la dose de mélancolie inhérente à l’exercice dégage aussi une impression de légèreté et d’espoir. Le tout est porté par la voix douce et fragile de miss Fontaine, qui n’est pas sans rappeler une certaine Jane Birkin à ses débuts à l’époque notamment des premières productions de Serge Gainsbourg.
Vous avez en tous cas ici la bande son idéale des soirées d’automne froides et pluvieuses, avec une artiste qui, en nous délivrant un premier album frais et envoûtant, nous laisse à penser que ce n’est que le début d’une belle histoire d’amour…avec son public !

Arnaud Brailly