D’ANGELO – Voodoo

D'ANGELO - Voodoo

Si vous suivez le Vinyle Club depuis quelques temps, vous vous souviendrez surement avoir reçu en début d’année Mama’s Gun d’Erykah Badu. Sorti au même moment et enregistré dans les mythiques studios Electric Ladyland de Jimi Hendrix, le 2ème album de D’Angelo, Voodoo , est considéré comme le chef d’œuvre de la néo soul ou presque !
Il faut dire qu’inspirée de grands noms du genre tels que Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Smokey Robinson ou encore Al Green, sa soul avait de quoi faire mouche à une époque où le hip-hop et le R&B commercial envahissaient les charts et les ondes américaines.

Comme une tradition séculaire qui se répète souvent dans l’histoire des artistes afro-américains, ce fils et petitfils de pasteur, Michael Eugene Archer de son vrai nom, a baigné dès son plus jeune âge tant dans le gospel que dans la soul la plus populaire. Il se met au piano à 5 ans à peine et remporte à l’adolescence le prix prestigieux de l’Apollo Theater de Harlem. Tout va s’enchaîner très vite quand il intègre en 1994 le collectif des Black Men United (composé d’artistes comme Usher, Boyz II Men et El Debarge) pour enregistrer « U Will Know », titre phare de la B.O du film Jason’s Lyric .
Mais le jeune Michael devenu D’Angelo est ambitieux et talentueux, et il veut prendre sa carrière en solo en mains. Il décide de composer, arranger, produire et chanter l’intégralité de son 1er album, tout comme l’une de ses idoles : un certain Prince ! Sorti en 1995, son LP Brown Sugar avec un style emprunté à la soul d’hier connoté de touches jazzy mais également ancré dans l’actualité urbaine de l’époque, va se vendre à trois millions d’exemplaires et rafler quatre Soul Train Awards.
Devenu star, il est alors sollicité dans les années qui suivent pour de nombreux featurings (GZA, Lauryn Hill, The Roots…), et enregistre plusieurs titres pour des bandes originales de films ( Men In Black , Space Jam , Scream 2 …) ainsi qu’un live au Jazz Café de Londres. Malgré des problèmes d’accord avec sa maison de disque, son actualité récurrente permet au public de patienter avant l’arrivée de son second album tant attendu : Voodoo .
Et quel album ! Sorti le 11 janvier 2000, il entre directement en première place du Billboard 200 (classement des albums aux USA) et devient disque de platine deux mois plus tard. La conception de ce dernier s’est construite en quelques jours seulement autour du trio : D’Angelo, souvent aux claviers ou à la guitare, Pino Palladino à la basse et Questlove du groupe The Roots à la batterie sur de morceaux improvisés la plupart du temps en studio.

Et si l’auteur principal de l’album tient la barre, c’est aussi grâce à la présence de nombreuses collaborations prestigieuses : Roy Hargrove à la trompette, Raphaël Saadiq tantôt producteur tantôt musicien, Charlie Hunter guitariste de jazz signé chez Blue Note, ou encore Angie Stone, autre grand nom de la néo soul qui se trouve être à l’époque la compagne de D’Angelo et qui signe de sa plume plusieurs des textes de l’opus.
La force de ce LP vient également de la diversité des compositions. La soul de D’Angelo se décline au gré de ses envies, bien sûr dans un premier temps dans les ambiances mid-tempo classieuses et soyeuses qui s’inscrivent dans la lignée du précédent album, comme sur « Playa, Playa », « The Line », « Chicken Grease » ou encore « Feel Like Makin’ Love », la reprise de Roberta Flack.
Mais monsieur Archer sait aussi sortir les pectoraux, et pas que sur la pochette de son album ! « Devil’s Pie » (produit par DJ Premier et sorti précédemment sur la B.O du film Belly ) et « Left & Right », avec les featurings prestigieux de Method Man, Redman et Q-Tip, sont taillés pour le dancefloor et ne sont pas avares en paroles explicites. Quant aux influences de l’artiste, elles ne sont jamais loin, comme sur le très princier « Untitled », composé par Raphaël Saadiq, qui rend un véritable hommage au Kid de Minneapolis, ou encore sur le très jazzy « Spanish Joint ».
Si à l’époque quelques critiques mettent en avant le paradoxe entre le fond et la forme, le discours et la réalité (notamment dans une approche plus matérialiste, virile voire sexiste que sur son premier essai), le succès est malgré tout bien largement au rendez-vous. Voodoo prend rapidement sa place dans les classiques que tout amateur de musiques afro-américaines doit posséder dans sa discothèque !

Bonne nouvelle, c’est désormais également votre cas !

Arnaud Brailly