DAVID BOWIE – Space Oddity

DAVID BOWIE - Space Oddity

Peut-être que nous ne l’avez jamais eu en main, mais cette perle rare que constitue le second album de David Bowie est devenu au fil du temps un incontournable de l’histoire du rock britannique.

Pourtant, rien ne prédisposait cet album aux influences folk à devenir le drapeau fondateur de la planète Bowie. À sa sortie en novembre 1969, c’est un échec commercial au Royaume-Uni : jugé inégal à l’époque, laisse pourtant entrevoir les prémices des différents univers dans lesquels aimera se promener ce magicien des notes et des textes. Certains diront même que la fusée Bowie a vraiment décollé grâce à cet album puisque c’est avec Space Oddity que le musicien s’est fait connaître du grand public : le jeune artiste londonien n’a alors que 22 ans et est encore très inspiré par la folk « dylanienne », influence que l’on retrouve dans des morceaux comme « God Knows I’m good » ou « Janine ». « Cygnet Comitee » dessine un son plus éthéré qu’on retrouvera aussi sur son album suivant, Hunky Dory, qui dresse une passerelle entre la folk originelle et le glam rock de Ziggy Stardust.

Au-delà de l’album, le titre éponyme « Space Oddity » a lui-même sa propre mythologie, comme d’ailleurs un bon nombre de morceaux de Bowie sur la thématique spatiale. Certains titres de l’artiste ont marqué un tournant dans sa carrière ainsi que dans la vie et mort des personnages qu’il a créés : « Ziggy Stardust », « Life on Mars », « Ashes to Ashes », pour ne citer qu’eux, planteront le décor du cabaret cosmico-glam dans lequel Bowie a traversé les années 70, non sans heurts pour sa santé mentale…
Mais revenons à la pierre angulaire de notre histoire : nous sommes en été 1969.
Le 11 juillet sort le titre « Space Oddity », une chanson qui s’inspire directement du film de Stanley Kubrick 2001 : A Space Odyssey, sorti l’année précédente et qui a profondément marqué le jeune Bowie âgé de 22 ans à peine. Il imagine alors toute une histoire à partir de ce décor spatial : Major Tom, un jeune astronaute part dans l’espace avec sa fusée tout en restant en contact avec sa tour de contrôle. Sorti de l’atmosphère et arrivé dans l’espace, Major Tom rencontre un problème technique. Ayant perdu tout contact avec sa base, l’astronaute est condamné à errer éternellement dans l’espace. « Can you hear me Major Tom ? »…
La fin ‘‘flottante’’ du morceau nous laisse imaginer tous les scénarios et on ne retrouvera Major Tom que quelques années plus tard sur « Ashes to Ashes », sorte d’oraison funèbre de Bowie à son astronaute imaginaire. En Juillet 1969, la BBC a la malicieuse idée de diffuser « Space Oddity » pour accompagner la retransmission des images de l’alunissage d’Apollo 11 quand Neil Armstrong foule la lune pour la première fois. Succès garanti pour le titre qui se retrouve en tête des charts anglais dès la semaine suivante. David Bowie n’était à l’époque qu’un artiste folk psyché parmi d’autres…

A partir de Space Oddity, l’artiste aux mille visages va comprendre qu’il va falloir, pour se démarquer, s’inventer et se réinventer sans cesse. S’en suit la période la plus créative et prolifique du roi Bowie, qui va délivrer pendant une décennie ses plus grands chefs-d’œuvre de Ziggy Stardust, à Station to Station en passant par Aladin Sane ou Diamond Dogs… En fait, à partir de Space Oddity, Major Tom/ David Robert Jones ne redescendra jamais plus vraiment des étoiles… Space Oddity est la première pierre de l’édifice monumental que nous a offert pendant près de cinquante ans cet artiste hors du commun. A la fois dans l’histoire du rock que dans celle de la musique contemporaine, David Bowie est considéré comme un musicien surdoué et il est incontestable qu’il fait partie de ceux qui marquent notre époque.
Alors il vous faut ouvrir la première page du livre Bowie, si vous voulez comprendre son histoire hors-norme…

Marie-Laure Sitbon