DIRTY PROJECTORS – Dirty Projectors

DIRTY PROJECTORS - Dirty Projectors

Chez certains artistes, il arrive que des albums marquent un véritable tournant dans leur carrière. En ce qui concerne Dirty Projectors, le groupe new-yorkais des années 2000 passe avec ce 8ème album de l’indie rock à des sonorités plus suaves, électro, voire presque R’n’B : un virage à 180 degrés qui donne à cet opus une couleur particulière. Dirty Projectors, c’est d’abord et avant tout Dave Longstreth, musicien auteur- compositeur-interprète originaire de Brooklyn. Ensuite, c’est un groupe de pop indé dont la définition du style oscille depuis sa création en 2002 entre indépendant et expérimental tant les recherches du musicien, un brin torturé, ont parfois altéré la cohérence et l’identité d’un groupe à une seule tête.

Après les expérimentations musicales, place à la clarté : ce 8ème album est si autobiographique qu’il en devient touchant de vérité. Droit au but dès le premier morceau « Keep Your Name », la voix tout en distorsions de Dave frappe en plein cœur : « I don’t know why you abandoned me, you were my partner ». Ces paroles, chantées dans une lancinante gravité, qui feraient pleurer un rossignol au printemps, racontent dans une rage pourtant très pudique le drame de la séparation amoureuse.

Leader visionnaire aux talents multiples (il a collaboré avec David Byrne, Joanna Newsom, Solange, Bombino…), Dave Longstreth y exorcise sa relation avec Amber Coffman, ex-membre du groupe et y met toute son amertume. Mais progressivement tout au long de l’album, on reste avec le musicien dans ses chemins émotionnels, on passe par tous les états jusqu’à la reconstruction, de la nostalgie à l’espoir du dernier titre « I see you » qui redonne espoir en l’autre. D’un point de vue plus musical, l’album marque également une rupture. Auparavant, Dirty Projectors utilisait beaucoup les chœurs et les cordes. Cet album est plus electronique, tant sur le travail de voix qui va parfois jusqu’à être trafiquée au point d’être méconnaissable que sur l’utilisation des synthés ou sur les samples.

Dans l’histoire de ce groupe, il y a eu un avant et un après Dirty Projectors, cet album éponyme de 9 morceaux. En basculant vers l’électro et en pratiquant l’autofiction dans ses lyrics, Dave Longstreth donne un second souffle à son groupe. En incarnant à la fois l’histoire du groupe et un virage radical, cet album de rupture – ou de bascule – qui restera probablement l’un des disques les importants de Dirty Projectors, leur a ouvert la voie à des chemins bien plus lumineux comme l’a prouvé la réussite du tout dernier album Lamp It Pose sorti l’été dernier.

Marie-Laure Sitbon