DJ CAM – Underground Vibes

Quand DJ Cam arrive sur le devant de la scène musicale française en 1995 avec son premier album Underground Vibes , il fait alors office de pionnier. Alors que ses acolytes français des “nineties“ n’en sont qu’à leurs balbutiements (cette même année Daft Punk, Air ou encore Motorbass ont sorti un ou deux maxis, pas plus), DJ Cam peut s’enorgueillir d’être en capacité de sortir son premier LP.

En effet, Laurent Daumail de son vrai nom a été biberonné au jazz familial et a passé son adolescence à écouter en boucle les stars américaines du hip-hop boom bap : Eric B & Rakim et Public Enemy notamment. Passionné de scratchs, il achète naturellement des platines et se lance dans le mix. Il sympathise au début des années 90 avec Chris Le Friant (futur Bob Sinclar) et Alain Hô (aka DJ Yellow) qui forment le duo The Mighty Bop et, ensemble, ils créent le label Yellow Production en 1993. Ils sortiront d’ailleurs plus tard un album commun avec La Funk Mob intitulé tout simplement Mighty Bop meet DJ Cam & La Funk Mob .
Mais DJ Cam sait très bien, et ce dès 1993, la musique qu’il veut composer et distribuer. Il crée donc son propre label Street Jazz (vite transformé en Inflamable Records) et sort l’année suivante son premier EP intitulé Abstract Hip Hop Volume 1 . On lui reconnaît d’ailleurs la paternité du nom de cette esthétique musicale qui sera par la suite associée à d’autres artistes tels que DJ Shadow ou DJ Krush.

C’est donc naturellement que sort en 1995 son premier opus. Underground Vibes va très vite devenir une référence en la matière. Avec cet album essentiellement instrumental, éthéré et atmosphérique, DJ Cam n’oublie pourtant pas de faire appel aux codes classiques du hip-hop en utilisant de nombreux samples, largement empruntés à la culture soul et plus encore au monde du jazz. Le track « Gangsta Shit », par exemple, reprend la rythmique du classique « Pot Belly » de Lou Donaldson, tout en mettant en relief une cithare indienne, et c’est du plus bel effet. « Mad Blunted Jazz » quant à lui, est construit autour du vibraphone du « Tranquility » de Bobby Hutcherson. On a même l’impression qu’il a invité McCoy Tyner, pianiste de Wayne Shorter sur le morceau « Lost » dont le sample est utilisé pour le track « Suckers Never Play That ».

Mais là où dans le hip-hop traditionnel le sample est au service du groove, il est ici au service de l’ambiance, qui parfois peut se montrer angoissante, mélancolique ou mystérieuse avec l’intégration de rythmiques brutes. Quelques voix viennent parfois étayer ci ou là les instrus, comme sur le titre phare de l’album « Dieu reconnaîtra les siens », morceau déjà présent sur son premier maxi et qui dans une atmosphère planante et sensuelle est très proche du « Unfinished Sympathy » de Massive Attack.
Ce premier essai sera en tous cas unanimement reconnu par la critique, et se vendra même auprès d’un public spécialisé autour de 15 000 exemplaires. Fort de ce succès d’estime et considéré comme un fer de lance de ce que l’on a appelé à l’époque “la French Touch” première génération, l’artiste sortira en 1996 l’album Substances distribué par la major Sony dans un style encore plus proche du trip-hop et de la culture électronique. Parenthèse qu’il refermera assez vite pour éviter qu’on lui impose une étiquette. Et c’est là tout le talent de DJ Cam : jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction !

Arnaud Brailly