NICK WATERHOUSE – Never Twice

Vous avez forcément entendu parler de Nick Waterhouse. Non ? Mais si, souvenez-vous de « Katchi », ce tube classé en haut de tous les charts européens à l’automne 2017 et signé du duo electro-rock français Ofenbach. ça y est, vous y êtes ?! Et bien le chanteur original de ce morceau n’est autre que Nick Waterhouse, aussi “accessoirement“ auteur-compositeur du morceau initialement issu de son propre album sorti l’année d’avant : Never Twice. Et si l’on peut avoir un avis très mitigé de la version remixée façon club dance, on ne peut indéniablement pas leur reprocher d’avoir repéré le hit potentiel de la version originale de Mr. Waterhouse composée avec Leon Bridges, un texan de 26 ans, petit génie de la soul qui sortait quelques mois plus tôt son premier album, Coming Home, chez Columbia.

Mais loin d’être l’album d’un tube qui en viendrait à occulter le reste de son contenu, Never Twice est au contraire un LP où chacun des dix morceaux trouve sa place et a sa personnalité propre. On doit admettre que le californien a gagné en maturité depuis ses débuts à 16 ans à peine en tant que chanteur et guitariste du groupe Intelligista, un combo de jeunesse façon The Animals. Il en faut du temps pour trouver son univers et sa personnalité musicale !

C’est donc en 2010 qu’il sort Some Place avec The Turn-Keys, un premier 45t très rhythm ‘n’ blues (aujourd’hui assez recherché) avant de signer avec le label qui va l’aider à décoller : Innovative Leisure Records. En 2012 parait son premier opus Time’s all gone suivi deux ans plus tard par Holly . Ces deux albums font déjà une grande impression auprès des aficionados mais c’est sans aucun doute ce troisième disque qui va marquer un tournant dans l’histoire de son auteur. L’univers de Nick Waterhouse reste celui des années 50 et le début des 60’s, celui du rhythm ‘n’ blues, du rock’n’roll, de la soul naissante et du jazz groovy.

Ici la basse électrique se fait rarement entendre et laisse la place à la contrebasse de Rob Douglas qui fait des merveilles ! L’orgue hammond est aussi largement utilisé comme sur le titre introductif « It’s Time », ou sur « Straight Love Affair » qui nous semble tout droit sorti d’un vieux classique de Booker T & The MG’s.
Et puisque l’on parle de références, elles sont légions chez Nick ! Par exemple, sur « Old Place » on croirait entendre la fusion du « Twist & Shout » façon The Beatles et du classique boogaloo de Joe Cuba “Bang, bang”. Sa reprise du « Tracy » de Barry White & The Atlantics (premier single du crooner à la voix de baryton enregistré en 1964 !), est totalement inspirée par l’ossature rythmique de l’introduction du « Hit The Road Jack » de Ray Charles.

Il a même l’audace de reprendre « Baby, i’m in the mood for you » de Bob Dylan en proposant une interprétation personnelle assez éloignée de l’originale mais franchement réussie et totalement dans le ton du reste de Never Twice . Enfin « Lucky Once », titre entièrement instrumental aux ambiances mélancoliques et cinématographiques, nous rappelle que Waterhouse est également passionné par le cinéma français et américain des années 60 et 70. On imagine aisément ce morceau sur une bande originale d’un film évoquant un homme épris de liberté qui traverserait l’Amérique à bord de sa Cadillac Eldorado décapotable !

C’est donc au final une belle réussite qui prouve une fois de plus que la bonne musique est intemporelle ! « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » disait Alfred de Musset… Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire pour profiter au mieux de ce disque : installez-vous confortablement chez vous, posez le diamant sur le vinyle et laissez vous porter par ce Never Twice qui vous transportera à travers le temps et l’espace !

Arnaud Brailly