NICOLAS JAAR – Space Is Only Noise

NICOLAS JAAR - Space Is Only Noise

En 2008 sort Student sur le très branché label Wolf+Lamb, c’est le premier EP d’un illustre inconnu : Nicolas Jaar. Ce jeune New-Yorkais d’origine franco-chilienne vient de faire une entrée fracassante dans le game de la musique électronique. Âgé de 17 ans à peine, il impressionne alors par la maturité de ses productions et l’audace de ses expérimentations.

S’en suivront l’excellent Nicolas Jaar Live Fall 08’ mis à dispo gratuitement sur le web et surtout, en 2010, son deuxième EP Time For Us qui fera le tour des dancefloors du monde. En seulement trois ans, le jeune prodige se fait un nom et impose son style : quelque chose de nouveau, de frais, de jamais vu… Une house suave et groovy toujours dansante malgré un tempo très lent et un savant mélange de sonorités Ambiant, Electronica et Jazz.

On reconnait cependant dans son style l’influence d’un autre artiste aux origines chiliennes : Ricardo Villalobos. C’est d’ailleurs avec l’album quasi chamanique de Ricardo, Thé au Harem d’Archimède , offert par son propre père que Nicolas Jaar va découvrir la musique électronique à l’âge de 14 ans. On retrouve dans les univers respectifs des deux artistes ce côté minimaliste, une ode à la lenteur hypnotique et un besoin d’expérimenter dans la création sonore pour sortir des carcans de la musique de club.
En 2011, quand sort le premier album de Jaar, Space Is Only Noise , autant dire que pas mal de monde l’attend au tournant, tant au niveau du public que chez les critiques musicaux. Comme à son habitude, Nicolas décide de surprendre l’auditeur et part totalement à contre-courant des tendances du moment. Déjà, la pochette de l’album, avec cette photo en noir et blanc pleine de spleen et de nostalgie réalisée par son père Alfredo, est bien loin de l’esthétique électronique de l’époque.

Côté musique, ce qui nous frappe en premier lieu c’est la lenteur des morceaux, avec un aspect quasi-contemplatif et mélancolique de l’album dans sa globalité. Dès le premier morceau « Être », on a le sentiment de plonger dans la bande originale d’une sieste et de somnoler au rhytme des bruits environnants… de l’eau qui coule, des voix d’enfants, des sons indistincts qui s’entremêlent au piano et aux voix de Jean-Luc Godard et de Serge Daney.
Durant tout l’album et ses 14 titres, on va retrouver ces ambiances cinématographiques et des collages sonores hyper variés, mais toujours cohérents. Nicolas Jaar s’aventure vers des univers multiples comme sur « Keep Me There », un morceau aux teintes Soul et Jazz, ou encore sur son titre phare « Space is only Noise » avec une sorte de Pop dark sur laquelle il n’hésite pas à poser sa propre voix. Certains morceaux peuvent parfois sembler trop lisses, mais l’utilisation pointilleuse d’instruments acoustiques permet cependant toujours d’entretenir les émotions et de faire de Space Is Only Noise un grand disque, intemporel et précieux.

L’album va s’écouler à plus de 25 000 exemplaires et installer définitivement Nicolas Jaar parmi les artistes les plus prometteurs de sa génération. La critique sera d’ailleurs bien au rendez-vous pour cet album. Ainsi, le site de référence Pitchfork lui donne la note de 8,4 sur 10 et le classe 20ème des meilleurs albums de 2011, tandis que Resident Advisor en fait son album numéro un et que le magazine américain XLR8R le positionne en tête de son classement annuel des meilleurs artistes émergents. Pas pire…

Mathieu Proux