OTZEKI – Binary Childhood

OTZEKI - Binary Childhood

Les fêtes de fin d’année à peine digérées, a beau aimer tonton Jean-René, on est en droit de se préférer. Car même loin de son acception vichyssoise datant de l’époque où elle pétillait allemande – et bien qu’il soit important de posséder quelques valeurs tant que celles-ci ne sont pas actuelles – force est de constater que la famille peut aussi s’apparenter à un boulet. Et il en va des artistes comme du commun des mortels, les exemples sont légions de fratries musicalement réunies pour le meilleur (The Breeders, The National, CocoRosie, Soulwax, Gojira…) ou le pire (les Jonas Brothers, Tokio Hotel, Las Ketchup – comment oublier cette impérissable bouse entre autres chorégraphique que fut Asereje), le combo des deux étant également possible (coucou les frères Gallagher, les Jackson Five et les Kings of Leon, ce dernier exemple étant, à l’instar des Beach Boys, l’un des rares où un cousin fait également partie de l’équation).

Les londoniens Mike Sharp (chant, textes, guitare) et Joel Roberts (claviers, arrangements, MPC) présentent cet exact degré de parenté et c’est sans doute, outre leur évident talent, cette singulière intimité depuis l’enfance qui leur permet de surfer au sommet de l’actuelle vague d’électro-pop indé.

Malgré un nom qui lorgne au choix du côté de la danse grecque ou du fromage basque, et ce alors même qu’ils donnent quant à son origine une explication notablement différente à chaque interview, le duo a tout de la Royauté musicale britannique: il est programmé pour régner.

S’ils ont dès leurs débuts été comparés à leurs concitoyens de The XX, Glass Animals et autres Alt-J pour le côté expérimental des sonorités, les garçons d’Otzeki ont toujours eu à cœur de creuser leur propre sillon. Et si les deux cousins prennent la musique au sérieux autant que leurs illustres prédécesseurs, ils excellent eux dans le domaine – pas toujours maîtrisé par les artistes – de l’autodérision.

Le buzz autour du groupe date (de l’autre côté de la Manche en tout cas) de 2016 avec la sortie d’un premier EP et a atteint son apogée l’année dernière à l’occasion de la tournée ayant accompagné leur tant attendu album Binary Childhood, lequel n’a pas manqué de faire frétiller avec la même intensité fanbase et presse spécialisée.

La recette de ce succès mérité réside dans un mélange savamment dosé d’électro, ambient, soul et dream-pop, le tout saupoudré d’alt-rock. Tantôt minimaliste, tantôt presque grandiloquente, à la fois analogique et organique, la musique des Grands Bretons, tout autant que leurs textes, oscille constamment entre ombre et lumière. Faisant appel à différents degrés de lecture, ils jonglent entre réactions épidermiques et réflexions philosophiques. Si le rythme et les percussions jouent un rôle essentiel, les instrus à base de boucles électro et de longues plages oniriques font progresser l’édifice porté par les circonvolutions de la voix – ô combien fascinante – de Mike. Car ce disque se présente un peu comme une construction architecturale sonore, à la décoration parfois minimaliste mais aux volumes vertigineux, dans laquelle bien plus que la vue d’ensemble, c’est le détail qui compte.

On sent à chaque plage l’éclectisme de leurs influences, reflet de leurs multiples goûts adolescents à mi-chemin entre rébellion rock et musique de club. Différents styles couvrant plusieurs époques, diversité étant leur maître mot. Un peu à l’image du titre de l’album, qui cherche à exprimer la dualité des millenials, cette génération numérique qui se cache derrière un écran pour s’exprimer mais tend à cultiver sa singularité en public. Enfance binaire car souvent formatée dès le plus jeune âge, qui prend une fois adulte le Brexit de plein fouet, entre héros disparus et avenir incertain.

En cette symbolique période de bonnes résolutions, s’il y en a une à vraiment tenir, ce sera bien entendu de faire tourner à l’envi(e) ce merveilleux disque sur votre platine, en montant un max le son.

CHRONO

2015
Formation du groupe

1er avril 2016
Sortie de l’EP Falling Out

17 novembre 2017
Sortie de l’EP Sun Is Rising

13 avril 2018
Sortie de leur premier album Binary Childhood

12 décembre 2018
Sortie de Remixes qui comme son nom l’indique réinterprète six de leurs titres

L’anecdote

Lors de leur venue en mars dernier au culte festival de musique South by Southwest (SXSW) à Austin au Texas, les garçons ont été invités à se produire en showcase au Seven Grand local (chaîne de bars à whisky présente sur tout le territoire US, NDLR). Profitant de l’aubaine d’avoir autant de marques de spiritueux à portée de main, Mike se pointa sur scène avec une bouteille, que tenta de lui arracher en plein live et à plusieurs reprises l’une des serveuses. Le concert fut de ce fait écourté, mais la scène, petit régal de surréalisme où l’absurde le dispute au comique de répétition, immortalisée grâce au smartphone d’un spectateur et aisément trouvable sur les Internets.

Maud Bourgoin

Livraison offerte dès l'achat de 2 disques
+ +