OXMO PUCCINO – Opéra Puccino

Lorsque Opéra Puccino arrive dans les bacs il est rapidement encensé par la critique et est considéré même par certains comme l’album hip hop de l’année 1998. Personne n’aurait pu penser pourtant que plus de 20 ans plus tard, Oxmo Puccino serait encore bel et bien présent dans le paysage musical français et toujours considéré comme un des artistes les plus éclectiques et intègres du rap français.
Ce qui est surprenant avec ce raconteur d’histoires c’est ce grand respect qu’il a connu dès le début de sa carrière, et cette capacité à faire l’unanimité, autant dans la rue, que dans les milieux artistiques spécialisés, tout en étant toujours sincère dans la manière de gérer sa carrière.

Abdoulaye Diarra de son vrai nom, malien d’origine mais arrivé dans la capitale à l’âge d’un an, va connaître pourtant le parcours banal d’un artiste de cité à l’époque. Vivant dans le 19ème arrondissement de Paris, il va à l’adolescence traîner avec le groupe Idéal J puis rapidement commencer à écrire ses premiers textes. Mais c’est du côté de Time Bomb, label et collectif d’artistes parisien qu’il va trouver sa première famille musicale. Quelques pointures de l’époque y sont issue : The X-Men, 2 Bal Niggets (moitié de 2 Bal 2 Neg) ou encore Lunatic.
Au milieu des années 90, la plume d’Oxmo se fait rapidement remarquer et de freestyles sur les radios spécialisés (Radio Nova, Générations…) en apparition sur des mixtapes de référence (Dj Poska, Dj Kost…), la réputation d’Oxmo Puccino monte rapidement dans le milieu underground. En parallèle, ses études de commerce lui permettent de garder les pieds sur terre.

C’est en 1997, que tout s’accélère ! Sa présence sur la compilation L432 avec le titre “Pucc Fiction” en featuring avec Booba, mais surtout le fameux “Mama Lova” sur la compil du marseillais DJ Kheops “Sad Hill” augmentent sa visibilité dans les médias plus mainstream.
La suite logique arrive donc rapidement et en signant chez Delabel, O.X sort rapidement son premier album. Il est entouré d’invités prestigieux comme Akhenaton et Freeman d’IAM, Lino d’Arsenik, Le Rat Luciano de la Fonky Fa
mily ou encore la chanteuse de R&B : K-Reen. Les producteurs de Time Bomb, Mars et Sek sont au commande et mettent tout leur savoir-faire en terme de construction musicale au service de ce premier LP.

“L’homme au cigare” (Un des nombreux surnoms de Puccino), lui s’occupe des textes et sa plume, sa capacité à manier les mots et à les faire sonner font des merveilles. Son style littéraire est agrémenté par sa capacité à pouvoir parler autant de la réalité de la rue que de l’’imaginer dans des fictions scénarisées façon Tarantino (“Mourir 1000 fois”, “Peu de gens le savent”, “Hit man”, “Alias Jon Smoke”). Il sait parler à tout à chacun quand il évoque les sentiments traversés dans une vie, comme les traumatismes d’enfance (“L’enfant seul”) la jalousie amoureuse (“Amour et jalousie”) ou la mort d’un proche (“Le jour où tu partiras”).
Ses références lui permettent même de construire une véritable joute verbale en s’inspirant du personnage célèbre d’Edmond Rostand dans l’interlude “Black Cyrano de Bergerac”. “Avec le mensongeur”, sur un sample funky de Con Funk Shun, il se paie même le luxe de sortir un tube grand public, taillé pour les clubs avec son refrain R&B interprété par K-Reen, bourré d’égo trip et de second degré tout en restant crédible !
Album devenu essentiel dès sa sortie, il a su avec ce premier essai poser les bases de son univers musical et de sa carrière à venir. Dix albums plus tard, il est toujours bien présent et ce n’est pas son nouveau disque, La Nuit de Réveil , et la tournée française qui va avec, qui éteindront la flamme !

Arnaud Brailly