RONE – Tohu Bohu

RONE - Tohu Bohu

Voici venu le temps des rires et des chants, dans l’île aux enfants c’est tous les jours le printemps… Si, si, je vais très bien ! C’est qu’en fait, Tohu Bohu de Rone, c’est un peu l’île aux enfants ! Et ce n’est pas moqueries. Vous écoutez un album qui n’est que bienveillance, êtres fantastiques, déambulations fantasmagoriques, et dont Rone serait le gentil démiurge, poète solaire qui semble parfois planer à 3000 (qui a dit Casimir ?!). Cheveux ébouriffés, sourire à pleines dents chaussé de binocles rondes et ponctué d’éclats de rires touchants, on le prendrait facilement pour un savant un peu fou, oscillant entre timidité gênée et accès d’affection.

Si vous ne l’avez jamais vu, ce n’est pas lui que vous vous attendrez à voir prendre les platines au peak time, vers 2, 3h du mat, quand tout le monde est au plus chaud. Pas de morgue fashionista, pas de pauses prétentieuses, mais le sourire d’un type bien.
En 2012, quand sort Tohu Bohu , Rone vit depuis une paire d’années à Berlin (il est depuis revenu en région parisienne). Non pas pour y passer ses nuits au Berghain. Au contraire, il y est plutôt allé pour ne plus sortir, pour composer ce premier album. Le morceau d’ouverture « Tempelhof » porte d’ailleurs le nom de l’ancien aéroport berlinois aujourd’hui transformé en parc, idéal pour les balades familiales, même s’il s’y déroule aussi de sauvages festivals techno non moins épiques que ce qui se trame au Berghain… mais ce qui se passe la nuit n’appartenant qu’à la nuit, passons.
Dès « Bye Bye Macadam », il nous fait quitter le tarmac pour nous embarquer dans son palais des glaces aux parois translucides, qu’il éclabousse de couleurs. Ca monte et ça descend au gré de nappes granuleuses, façon rollercoaster de Coney Island en version kaléidoscope. Notez que Juan Atkins
en personne, l’un des pères fondateurs de la techno à Detroit, a remixé le morceau.

S’il a découvert l’electro au Sonar de Barcelone puis au Rex parisien, Rone se destinait d’abord à une carrière derrière la caméra, option grand écran. Etudiant à la Femis, il envisage d’adapter Alain Damasio, auteur de deux ouvrages cultes de SF, dont la voix hallucinée issue d’un de ses carnets sonores intimes vient hanter le 1er maxi de Rone : Bora , sa première sortie, déjà sur inFiné, en 2008.
Depuis, ce grand timide a goûté, non sans stress, aux joies de deux Olympias, destination peu naturelle pour les musiques électroniques. Le second, fin octobre 2015, a vu Etienne Daho et François (sans ses Atlas Mountains), le rejoindre sur scène, comme sur son 2nd album Creatures , paru toute fin 2014. C’est Tohu Bohu qui lui a fait gravir ce palier pop, soutenu par France Inter et les nombreux festivals de renom qui l’ont programmé. « Bye Bye Macadam » se retrouve désormais dans les films, comme par exemplante dans la bande originale de la comédie Et Ta Sœur .

L’occasion, pour lui qui aime autant s’adapter à de petits lieux qu’aux grandes scènes, d’aller toujours plus aux devants de son public. Avant les concerts, impossible de parler à ce grand traqueur. Mais une fois terminé, même lessivé, il est transformé, euphorique, toute timidité oubliée. Il veut voir les gens, les embrasser, à tel point qu’un jour à Tours, la foule l’a happé : il s’est retrouvé en stage diving malgré lui, hilare, avant de leur demander de le ramener sur scène pour rejouer un dernier morceau !
Voilà l’effet de chaleur que produit la musique de Tohu Bohu . La tribu toujours plus grande qui fréquente le workshop de son label inFiné, qui s’est beaucoup tenu dans la carrière magique du Normandoux près de Poitiers, en a fait un de ses hymnes du bonheur.

Faites attention, c’est addictif, on tombe vite dedans. Quand alors retentit « Parade » à l’improviste, on se retrouve envahi d’une bouffée d’amour et on se surprend à lever yeux et bras vers le ciel, souhaitant avoir tous ses amis autour de soi pour les prendre dans ses bras (ce qui, en cas d’écoute dans le métro par exemple, peut être gênant, vous en conviendrez) !

Maud Gaëlle Bourgoin