SÉBASTIEN TELLIER – Sexuality

SEBASTIEN TELLIER – Sexuality

L’hiver est beaucoup trop long et nos cœurs refroidissent, c’est un timing parfait pour se replonger dans l’un des plus beaux albums français des années 2000, et chouchouter un peu nos oreilles. Sexuality , 3ème album du musicien Sébastien Tellier, parle comme son nom l’indique de sexe, d’ailleurs l’artiste fantasque clamera à tout-va pendant la promo : « il n’y a que le cul qui m’intéresse ».

Album sexuel et charnel, évidemment, il est également très dense d’un point de vue musical. Les experts en tout genre diront que Sexuality marque le virage électro que Tellier se devait de prendre, puisque ses deux précédents albums sont plutôt acoustiques. Produit par Guy-Manuel de HomemChristo, moitié de Daft Punk, chaque titre est un hymne à la sensualité, chaque texte un poème onirique, et l’artiste parlera carrément « d’odyssée sexuelle » à la croisée des chemins, entre Jean-Michel Jarre, Moroder, et les films érotiques des années 70. Ce voyage commence en douceur à Biarritz en été, avec le désormais classique « Roche ». Dès les premières notes au piano puis au synthé, on ferme les yeux, on se retrouve sur une plage, cocktail à la main, « le vent chaud » qui nous caresserait presque la peau et la voix douce de « Sébastien » qui nous berce tout au long du morceau. La formule est si efficace que malgré les années, 12 ans maintenant, le morceau n’a pas pris une ride, et se ré-écoute à l’infini sans aucune sensation de lassitude.

Dans cette langueur suave où l’on est embarqué, s’enchainent les morceaux telles des petites saynètes de films « carré blanc ». Un « Divine » kitsch et acidulé à souhait (Sébastien Tellier représentera d’ailleurs la France à l’Eurovision 2008 avec cette chanson et se classera 19ème du classement), un sulfureux « Pomme » sous des râles langoureux, en passant par un « Sexual Sportswear » “moroderien“ tant le morceau rappelle les premiers temps de l’électro, le voyage du vaisseau Sexuality est parfois agité, souvent passionné, toujours sensuel, et l’avant dernier morceau « Manty » marque l’atterrissage, le terrible retour à la réalité.

Sexuality termine sa route sur un des plus beaux crashs musicaux de ces dernières années, « L’Amour et la Violence », le plus beau titre de l’album, semblable à une confession d’après une orgie, gorgée de culpabilité et un texte qui pourrait faire pleurer les murs… Sexuality est un album complet qui marquera les esprits à sa sortie en 2008 et ébranle le paysage musical de l’hexagone. Un des albums majeurs des années 2000 donc, qui ne vous laissera pas de marbre…

Marie-Laure Sitbon