HENRI SALVADOR

Homme Studio

23,00 

En stock

Description

Sortie en avril de cette année la compilation Homme Studio est le fruit du travail de l’excellent label parisien Born Bad Records et surtout de Guido Cesarsky moitié du groupe électro Acid Arab qui signe cette chronique : Une vedette de la chanson qui tourne le dos au showbiz pour devenir artiste indépendant, téléguidé par les idées visionnaires de sa femme Jacqueline dans la France des sixties.

C’est le parcours atypique d’Henri Salvador, qui le conduira à devenir une star puis à se marginaliser de tout le circuit du disque pour fabriquer sa musique depuis son salon avec ses guitares. A cinquante ans, Salvador se met aux synthés, aux boîtes à rythmes, aux multipistes, aux collages de voix truquées, au montage, au mixage et produit en solitaire depuis la place Vendôme des chansons pour petits et grands.

Comment raconter Salvador ? Soixante-dix années de musique, un millier de compositions couvrant tous les styles. Il a connu chaque courant, chaque mode, en a inventé d’autres, s’en est approprié certains. Il est parfois associé aux yéyés, on dit qu’il a importé le rock en France (1956, avec Boris Vian). On ne sait jamais s’il est jeune ou vieux, on ne sait pas où le classer : jazzman, crooner, amuseur, compositeur, guitariste, chanteur pour gosses…

Le label Rigolo naît Place Vendôme. Pourquoi Rigolo ? « Parce que c’est rigolo », répondait-il. Les clips faits maison sont diffusés dans des émissions télé qu’ils produisent eux-mêmes : Salves d’Or, Dimanche Salvador. La méthode s’avère payante. Accompagné de son épouse et Jacqueline, le couple Salvador aborde les années 70 en confiance. Ils installent dans leur salon un studio d’enregistrement dernier cri qu’ils surnomment la PAM – référence au nom de leur société, Productions Artistiques et Musicales.

Avec sa console et ses bobines, Henri multiplie sa voix et harmonise à l’infini. Tout est fait à l’arrache mais non sans application. Il s’amuse avec les sons décalés des synthés, s’éclate avec les boîtes à rythmes. Il utilise tous les beats préenregistrés, teste les ‘fill’ en boucle pour générer des beats alternatifs, joue avec les vitesses, programme ses propres rythmiques parfois loufoques. Musicalement, ce virage artistique change le groove. Salvador s’est inventé un jazz mécanique qui prend son swing dans les guitares et son tonus dans les vocals. Peu doué à la basse, il se débrouille avec ses cordes et son clavier Moog. Pour habituer les auditeurs à ce nouveau style, la PAM produit d’abord quelques face B de 45tours – Puis une face A : Ah ce qu’on est bien quand on est dans son bain enregistrée dans la salle de bain, le hit de Noël 1970. Et enfin le premier album autoproduit : Les Aristochats, distingué par l’Académie Charles Cros en 1971. Jacqueline tient les rênes, la calculette et… les clés du studio où elle enferme parfois Henri pour qu’il compose. Il ne sort que pour travailler ses shows télé.

En parallèle, Rigolo sort aussi des 45-tours destinés à un public moins familial. Notre larron veut s’éclater un peu. Il aborde l’érotisme, la crise économique, les négociations entre les USA et le Viêt-Nam : Kissinger et le Duc Tho. Il écrit de lumineuses balades comme Marjorie et d’entraînants classiques comme Pauvre Jésus Christ. Il expérimente à tout crin sur Sex man – particulièrement inventif – ou Et des mandolines – ode au cool louchant du côté de Lucio Battisti. Il compose la musique d’un film chaotique : L’explosion. Sortie uniquement au Canada, cette BO contient des matières superbes comme Thème du bateau ou le déprimant et éblouissant Le bilan écrit par son ami le batteur Moustache.

Jusqu’où serait allé Salvador dans son salon, s’il avait poursuivi ses enregistrements au-delà de l’année 1975? Aurait-il fait partie des pionniers du rap ou de la techno ? En 1975, on diagnostique à Jacqueline un cancer. Comme elle gère tout, décide tout, impulse tout, la maison Rigolo tourne au ralenti. Les Salvador enchaînent les rendez-vous médicaux mais Jacqueline s’éteint l’année suivante. C’est la fin d’une époque. La fin du home-studio. Asséché, Henri n’a plus envie de jouer dans sa maison vide. Il laisse tout mourir : la télé, le label, les éditions, la PAM. Les vautours ont table ouverte, les labels et les éditeurs se bousculent à la porte. On le détrousse.

« Avec lui, j’ai un homme, un enfant, un bébé et le souvenir des îles. Je suis son ombre et son alter-ego. Je vis pour lui. » (Jacqueline Salvador, 1973)

Avec Jacqueline, Henri Salvador aurait dû donner l’exemple à tous les autres artistes : l’indépendance face à un système injuste et rigide. Ne pas finir esclaves de contrats signés trop tôt, ni nourrir une bande de ronflants propriétaires assis sur des millions de droit éditoriaux. Soyez heureux, amis consommateurs de musique, ce soir un rond- de-cuir va manger une entrecôte grâce à l’argent que vous aurez bien voulu mettre dans cette compilation. Bonne écoute.

Guido Cesarsky

Infos

Artiste

Code produit : 3521381564785

Abonnement sans engagement de durée

Livraison facile

Paiement sécurisé

Rejoignez le club

Devenez membre et bénéficiez de 20% sur tout le store.
Recevez chaque mois 2 vinyles, une pépite & une perle.

{"cart_token":"","hash":"","cart_data":""}