NINO FERRER

Nino and Radiah et le Sud

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Description

Dans la chronique de cet album de Nino Ferrer, on ne parlera (presque) pas de la chanson « Le Sud » ! Ah bon ? Non, on a déjà tout dit sur cette ballade vendue à plus d’un million d’exemplaires, qui n’existait pas au départ dans sa version française sur l’album original Nino and Radiah sorti en 1974. Car malgré son immense succès, sa mélodie accrocheuse et mélancolique et l’argent que ce tube a généré à son auteur, ce dernier n’aimait pas cette chanson ! Mélomane avéré, sensible à la musique élevée au rang d’art et non de simple divertissement, il ne s’agit pas de la première couleuvre qu’il a dû avaler au cours de sa carrière !

Né à Gênes en Italie en 1934, Agostino Arturo Maria Ferrari de son vrai nom, fait de la musique sa meilleure alliée et ce dès son adolescence avec le jazz dont il était particulièrement fan ! Dans les années 50, jouant de la contrebasse et du banjo, il crée avec son ami Richard Bennett les Dixie Cats, un groupe de jazz New Orléans qui écume les petits clubs parisiens et devient au début des années 60 un nouveau projet rhythm’n’blues appelé RB RB (Richard Bennett Rhythm’n’Blues). C’est la rencontre avec l’américaine Nancy Holloway, qui laisse Nino Ferrer prendre le micro sur certaines chansons, qui va lui permettre d’être repéré par un label et sortir son premier 45t en 1963, Pour oublier que l’on s’est aimé.
En 1965 lors de son transfert chez Riviera (du label Barclay) pour que « Mirza », chanson au ton humoristique inspirée d’une histoire vraie, rencontre un grand succès, notamment grâce à l’émission Salut les copains. Enchaînant les tubes décalés et sarcastiques (« Les Cornichons », « Le Téléfon », « Mao et Moa »…), Nino Ferrer se sent vite à l’étroit dans cette image populaire qui lui colle à la peau, d’autant plus que certains l’englobent dans la mouvance Yéyé qu’il méprise au plus haut point. En 1966, il arrivera volontairement en retard pour ne apparaître sur la célèbre Photo du Siècle de Jean Marie Périer réalisée pour le magazine Salut les
copains !

Pour prendre du recul, il s’exile en Italie en 1969, y découvre le rock progressif et le psychédélisme et décide d’enregistrer avec des musiciens italiens. Ne bénéficiant d’aucune promotion, l’album est un échec. Mais en menaçant Barclay, le chanteur arrive à en enregistrer une version française, Métronomie, considéré par l’auteur lui-même commee son premier véritable album. C’est d’ailleurs toujours le cas pour les aficionados qui en font un essentiel de l’artiste !
Après l’échec de l’album suivant, le brut et ambitieux Nino Ferrer & Leggs, Nino quitte Barclay pour CBS et décide de s’atteler à son nouvel opus. Entre temps, il enregistré à Londres South, une chanson aux accents folk inspirée par la Martinière, une maison de type coloniale où il est installé à Rueil Malmaison avec sa femme Kinou et qui lui rappelle les paysages de son enfance en Italie. Il y a aménagé son propre studio d’enregistrement et invite au début de 1974 Radiah Frye, jeune mannequin américaine amie de la famille (avec sa fille de 10 ans, Mya “happy face” Frye, future chorégraphe qui sera révélée au public français en tant que membre du jury de l’émission Pop Star).
La décision est prise de faire cet album en anglais et en duo pour donner une douceur et une harmonie particulières aux voix. Passionné par la musique afro-américaine, il décide d’intégrer des accents jazz-funk et soul et s’entoure de ce qui se fait de mieux à Paris à l’époque: les américains de Ice installés depuis quelques années dans la capitale française (aussi connus sous le nom de Lafayette Afro Rock Band, ce combo aujourd’hui devenu culte a sorti plusieurs albums dans les années 70, et leurs LP sont activement recherchés par les diggers du monde entier et samplés dans le hip-hop, entre autres par Jay Z !). Le résultat est incroyablement surprenant ! Les grooves s’étirent, la basse ronronne, les voix de Radiah et Nino se confondent dans un univers rythmique mid-tempo où chaque musicien s’exprime à sa guise. Chaque morceau est une petite pépite, que ce soit sur des titres planants comme « Moses » ou « Hot Teddy », plus psychédéliques comme « Mint Julep » ou folk à l’instar d’« In the garden ».
Malgré la qualité indéniable de l’album, celui-ci déplait à sa maison de disque qui flaire l’échec commercial, face à une oeuvre trop novatrice en France à l’époque pour attirer le grand public. Un bras de fer s’engage entre le label et l’artiste, qui n’a d’autre choix que d’enregistrer en complément une version française de South pour que Nino and Radiah puisse sortir dans les bacs ! « Le Sud », après de nombreux enregistrements qui ne le satisferont jamais, sortira finalement seul en 45t en 1975 et deviendra finalement le plus gros succès commercial de sa carrière.
Quant à l’album, il ne se vendra qu’à 30 000 exemplaires, alors qu’il est ironiquement aujourd’hui reconnu par les spécialistes comme l’un des deux albums indispensables de Ferrer à posséder dans sa discothèque avec Métronomie !
Ce nouveau coup de poignard marquera la rupture définitive entre Nino et l’industrie du disque. Bien qu’honorant ses engagements contractuels avec CBS (deux autres albums prévus au contrat ont vu le jour : Suite en oeuf en 1976 et Véritable Variété Verdâtre en 1977), il ne fera aucune promotion pour les mettre en valeur. La suite de sa carrière en demi-teinte sera le reflet de l’homme intègre qu’il a toujours voulu être, quel qu’en soit le prix à payer !

Arnaud Brailly

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